Kiosque à dreuze (3)
Cawano, Corsica ?
Une dizaine d'éléments masqués a fait irruption sur scène à Cavan samedi soir alors que la fête nationale de la langue bretonne battait son plein. OF nous en a parlé lundi, la vidéo circule sur le net. Il s'est passé un petit quelque chose dans le microcosme linguistique breton le week-end dernier. Certes en-deçà de ce petit événement on peut gloser en pure perte sur la pertinence de la juxtaposition du terme national à l'appellation "fête de la langue bretonne". Si cette dénomination correspond aux idéaux des organisateurs de la fête alors on ne peut pas leur reprocher d'être de mauvaise foi.
Bal masqué
Il y a juste eu une tromperie sur la marchandise. Le public se déplace en masse pour passer un bon moment, s'informer, prendre du plaisir à parler breton, bref pour faire la fête. Et hop voilà que des cagoulés débarquent du néant, et nous voici arrivés à Cawano, comme à Corte où chaque été surgit le FLNC avec balaclavas et mitraillettes au beau milieu des journées nationalistes. Ici les cagoulés ne portent pas d'armes, pas méchants les gaziers. Pas si bêtes que cela non plus. Avec eux sous le bras ils avaient des panneaux, ceux de l'entrée dans la commune de Sablé Sur Sarthe, dérobés par le SAB le 6 mai dernier. Le SAB on en a déjà parlé ici. Stourm ar Brezhoneg prend bien soin de préciser après chaque larcin (deux expéditions nocturnes à ce jour) que les panneaux sont juste "empruntés" et qu'ils seront restitués quand le président en personne s'engagera en faveur d'une loi pour les langues régionales.
Quelques minutes d'intermède au beau milieu du concert des ramoneurs de menhir, un barbouillage "SAB !" en live et en rouge, un appel à manifester à Nantes samedi prochain et une revendication du taggage des locaux de France trois à "Sant-Brieg" la nuit de vendredi à samedi... en bref sous nos yeux un mauvais show qui emprunte au spectacle de foire. Les noms de lieux sont débités en breton par le membre masqué. Oui mais le message militant est bien délivré en français, puis acclamé par une foule en délire, chauffée à blanc par Loran le bérurier noir reconverti dans le gwenn-ha-du et la néo-punkitude. Osons souffler à Loran que le meilleur message qu'il pourrait faire passer pour le breton serait de commencer par le pratiquer. Il encouragerait ainsi des bretonnants potentiels à le rejoindre dans cet effort.
Indignes ou indignés ?
Serait-ce un drôle de petit jeu qui reprend dans le village d'Asterix ? Une pétipétie "borderline" qui ressemblerait à la dernière aventure du monde civilisé, avec le côté "combattant de l'ombre" en prime. Qui sont ces militants ? Pas de porte-parole chez ces activistes qui sont si sûrs de la justesse de leurs convictions, sans l'être de la justesse de leur réflexion, si tant est qu'il y en ait une qui les mène plus loin qu'un ou deux communiqués péremptoires. Au printemps 2011 on se retrouve à surfer sur une nouvelle vague d'indignation-contestation, il y a un certain terreau à fertiliser pour des récoltes futures. Mais ces jeunes militants qui empruntent aux campagnes de leurs ainés se situent bien à l'opposé des indignés au soleil. Ils n'ouvrent aucun débat, ne montrent aucune joie apparente, rien que des panneaux blancs cerclés de rouge et finalement barbouillés. Peut être savent-ils aussi pertinemment que la révolution démocratique de la Puerta Del Sol n'a pas pris de ce côté-ci des Pyrénées, encore moins de la Loire. Pas sûr pour autant que les barbouilleries recueillent beaucoup de soutiens parmi une jeunesse qui redécouvre le goût de l'action engagée voire subversive.
Dernière minute
Le site Armen nous apprend qu'un correspondant anonyme signale la présence des panneaux au sommet du Mene Bre. L'aventure continue et on peut s'attendre à voir les panneaux dérobés à la Roche Sur Yon débarquer au-coeur du défilé de Nantes-Naoned-Nauntt samedi. Le masque y sera sans doute de rigueur. Trist eo !*
* c'est triste